Perspectives et réalités du terrain

Déchiffrez ce qui se cache réellement derrière les tendances dans la stratégie, la technologie, les opérations, le marketing et les ventes. Retrouvez une partie de nos publications couvrant des aspects pratiques: analyses, études de cas, approches et solutions ayant fait leurs preuves sur le terrain.

Le népotisme et le copinage — les parasites usuels d’une fondation non-profit

28 novembre 2024
7 minutes

Dernière mise à jour le 16 juin 2025 à 18:55

Au cours de ma carrière, dans le turnaround (restructuration/transformation) j’ai eu l’occasion de collaborer avec plusieurs fondations, qu’elles soient culturelles, éducatives, politiques, ou tout simplement à but humanitaire. Comme consultante en entreprise, il m’a été aisé de comprendre leurs rouages internes.

Après une récente demande de don — puisque la direction de ces organisations non-profits se rappelle de votre existence juste en fin d’année, et pendant quelques discutions avec la direction, il m’a été confirmé ce que je savais déjà. Et le pays où siège la fondation comme « gage de sérieux » n’a aucune influence. En effet, même les fondations les plus respectées en Suisse sont trop souvent gangrenées par les petits jeux de pouvoir, le népotisme et le copinage. Mais surtout en Suisse, parce qu’il y a plus d’argent en jeu.

En théorie, les fondations sont des bastions d’altruisme, dédiées à des causes nobles avec une mission claire: rendre le monde meilleur. Mais en pratique ? Bienvenue dans un univers où les idéaux s’effacent souvent devant des dynamismes internes toxiques, constitués de copinage, de népotisme et, disons-le franchement, d’un détournement subtil de fonds au profit d’intérêts privés. Ce ne sont pas des organisations caritatives, ce sont des machines à siphonner.

Dans certains cas, une fondation s’apparente davantage à une start-up politique déguisée, où les fonds coulent dans les bonnes poches — et où les dynamiques internes ressemblent à un soap opera à haut budget.

Mais à qui profite réellement cette structure ?

1. La fausse transparence — un camouflage idéal

Les fondations adeptes du copinage et du népotisme excellent dans l’art du flou stratégique. Plus les objectifs sont vagues, plus il est facile de détourner les ressources vers des intérêts personnels. Ces organisations sont censées fonctionner avec une transparence exemplaire comme les comptes publics, missions clairement définies, et gouvernance responsable. Mais dans la réalité, cette transparence est souvent un écran de fumée.

Les objectifs sont flous comme « Promouvoir l’innovation sociale. » Mais qu’est-ce que ça veut dire, exactement ? Ajoutez une pincée de mesures de succès inexistantes : « Nous avons généré des synergies positives. » Mais concrètement, quel impact mesurable ? Le flou protège les responsables de tout reproche. Si personne ne sait ce qu’ils doivent accomplir, comment prouver qu’ils échouent ?

  • Budgets obscurs : Une large part des fonds est allouée à des « projets » vaguement définis, où une poignée de privilégiés se servent au passage.
  • Rapports embellis : Les données financières sont maquillées pour donner l’impression que chaque centime sert la mission, alors qu’une partie finance des voyages, des salaires généreux et des « frais administratifs » douteux.

Le résultat ? Une organisation qui semble servir le bien commun mais qui, en coulisses, sert surtout son cercle restreint.

2. Le copinage — un système d’autoprotection

Dans une fondation, le népotisme n’est pas un accident — c’est une stratégie.

Pourquoi risquer de recruter un outsider talentueux qui pourrait poser trop de questions, quand on peut simplement donner un poste confortable à un cousin, une amie de longue date, la maîtresse cachée d’un directeur (ou plusieurs), ou l’ex-associé de golf du président du conseil ? Vous l’aurez compris: le copinage est l’ingrédient secret qui transforme une fondation non-profit en machine à recycler les privilèges entre amis.

Les problèmes ? Ce copinage crée une bulle d’auto-protection qui étouffe toute tentative de réforme ou de remise en question. Les contrats externes ? Attribués à des agences ou consultants « de confiance » (traduction: des copains ou la belle personne rencontrée sur une plage bien chaude). Les décisions stratégiques ? Souvent influencées par des échanges informels autour d’un bon repas plutôt que par une analyse sérieuse des besoins.

  • Le recrutement est biaisé — puisque les postes stratégiques sont attribués à des « proches » sans qu’aucune compétence. Les entretiens ? Une formalité pour justifier des choix déjà décidés.
  • Les décisions de financement sont faussement favorisées — dès lors, les projets soutenus ne sont pas ceux qui ont le plus d’impact, mais ceux portés par des amis ou des partenaires. « Pourquoi financer une initiative transparente quand on peut sponsoriser un mandat pour la maîtresse d’un membre du CA ? »
  • La protection des incompétents — Les mauvaises décisions passent inaperçues parce que tout le monde fait partie du même réseau. C’est une danse bien orchestrée où personne ne bouscule les autres, de peur que le château de cartes ne s’écroule.

3. Le népotisme — la dynastie de la médiocrité

Si le copinage est l’huile qui lubrifie la machine, le népotisme en est le moteur principal. Les fondations deviennent des dynasties où les membres d’une même famille ou d’un même réseau se transmettent les rôles comme un héritage.

La théorie c’est: « nous avons choisi [Nom] parce qu’il partage nos valeurs. » La pratique c’est: « on l’a choisi parce qu’il ne nous demandera pas de comptes, accepte tout, et qu’il ne compliquera pas nos deals. » Le résultat ? Une boucle fermée où les talents extérieurs ne sont jamais intégrés, et où les décisions stratégiques ressemblent plus à une réunion de famille qu’à une véritable gouvernance.

  • Les promotions familiales : Le fils, la nièce ou le cousin du président se retrouvent à des postes décisionnels sans aucune qualification.
  • La culture du « entre-soi » : Le CA devient une réunion de famille où l’intérêt collectif est sacrifié sur l’autel de la loyauté familiale.
  • Les conflits d’intérêts flagrants : Les fournisseurs, consultants ou prestataires de la fondation sont systématiquement des « proches », au détriment de la qualité ou de la transparence.

Le résultat ? Une dilution totale de la mission originelle au profit d’un clan familial ou amical qui détourne les fonds sous couvert de « gestion éthique ».

4. Le siphonnage plus ou moins discret des fonds reçus

Le copinage et le népotisme crée une dynamique où le talent et les idées nouvelles sont exclus, car ils menacent l’équilibre douillet d’un système fermé. Dans une fondation mal gouvernée —  ce qui est le cas de la majorité — les flux financiers ne suivent pas les règles de la charité mais celles de l’avidité.

En effet, dans de nombreuses fondations, l’argent est une ressource abondante, mais la transparence est une denrée rare. Les budgets sont attribués, ensuite dépensés, et — c’est tout. Les audits, s’ils existent, sont superficiels ou réalisés par des entités elles-mêmes liées au réseau de la fondation.

siphonnage des fonds reçus par les fondations

  • Les « frais administratifs » gonflés : Les salaires des dirigeants, les honoraires des consultants amis, et les frais de représentation absorbent une part disproportionnée du budget.
  • Les projets bidons : Les fonds sont « investis » dans des initiatives qui existent sur le papier mais dont l’impact est proche de zéro. Exemple : des conférences coûteuses où tout le monde se félicite mais où rien ne change sur le terrain.
  • Les dépenses cachées : Voyages inutiles, avantages en nature, cadeaux dissimulés sous le terme « relations publiques ». En bref, une organisation caritative qui agit comme une PME au service de ses dirigeants.

Les résultats ? Les fonds disparaissent dans des projets « innovants » et qui, étrangement, n’aboutissent jamais à des résultats concrets. Pire encore, ne même pas comprendre ce que l’innovation est réellement. Ce siphonnage discret mais systématique est le vrai projet stratégique de ces fondations. Tout le reste n’est qu’un habillage pour maintenir les apparences.

Un projet de 100’000.- CHF pour « promouvoir l’engagement du jeune public à ramasser de manière volontaire les mégots » mais où 90% du budget est absorbé par des consultants et des campagnes marketing, et où l’impact réel est réduit à quelques PDF joliment mis en page. Après tout, les agences marketing ont besoin de travailler ! Et cela est encore plus vrai en Suisse.

Les vrais perdants — la mission et le public

Rien ne fonctionne mieux qu’une bonne cause pour masquer des pratiques douteuses. Plus une fondation affiche des valeurs nobles, plus elle peut dissimuler ses véritables dynamiques internes.

Ce qui est affiché souvent est une charte pleine de valeurs inspirantes comme « intégrité, transparence, impact sociétal. » Ce qui se passe en pratique c’est utiliser ces valeurs comme un bouclier pour éviter les critiques. La réponse est toute prête — « Comment pouvez-vous remettre en question nos décisions ? Nous œuvrons pour le bien commun ! » L’ironie est forte.

Les fondations fonctionnent trop souvent comme des clubs fermés financés par la crédulité des autres.

Chaque ressource humaine et financière détourné, chaque décision biaisée, chaque promotion injustifiée est une trahison de la mission originelle. Ceux qui perdent dans ce système ?

  • Le public que la fondation est censée servir. Les causes nobles deviennent des outils marketing, et les bénéficiaires réels des fonds sont oubliés.
  • Les donateurs ou subventionneurs. Ils croient financer un impact, mais leur argent sert à payer le dîner de gala ou à embaucher le neveu du président.

Le népotisme et le copinage ne prospèrent que parce que la gouvernance est faible ou complice. Voici les signes typiques d’un conseil d’administration laxiste :

  • Absence de contrôle externe : Pas de vraie vérification indépendante des dépenses ou des décisions.
  • Des « yes men » : Les membres du CA sont choisis pour leur docilité et leur loyauté envers les dirigeants.
  • Un turnover inexistant ou au contraire, trop élevé : Les mêmes personnes restent en poste indéfiniment, empêchant tout renouvellement ou questionnement — ou un chaos trop important.

Comment briser ce cycle ?

Si vous êtes dans une position où vous pouvez influer sur la gouvernance ou agir après avoir observé ces dysfonctionnements, voici quelques pistes :

  1. Exiger la transparence totale. Publier des rapports financiers détaillés, justifier chaque dépense et rendre les décisions de financement publiques. Demandez que les critères d’attribution des contrats soient rendus publics.
  2. Mettre en place des audits indépendants. Ne confiez jamais l’audit à une entreprise liée aux membres du CA. Un audit externe et rigoureux est le seul moyen d’identifier les abus. Réclamez, si besoin, des audits externes et indépendants sur l’utilisation des fonds.
  3. Renforcer la gouvernance. Instaurer des mécanismes de contrôle, comme des mandats limités dans le temps et des comités d’éthique réellement indépendants. Plus les objectifs sont précis, moins il est facile de les détourner. Exemple : remplacer « Promouvoir l’engagement social » par « Créer 3 initiatives avec un effet sur 1’000 bénéficiaires d’ici 12 mois. »
  4. Limiter les conflits d’intérêts. Interdire tout recrutement ou partenariat basé sur des relations personnelles, et imposer une déclaration des intérêts de chaque membre du CA.
  5. Formalisez les processus de recrutement. Impliquez des tiers dans les recrutements pour éviter que les postes soient systématiquement donnés à des proches. Brisez donc les cercles fermés et ouvrez les discussions à des experts externes ou à des parties prenantes plus diversifiées. Cela rend le copinage et le népotisme plus visibles — et donc plus difficiles à justifier.

Une fondation ou une machine à cash déguisée ?

Quand une fondation prétendument non-profit devient un repaire de népotisme, de copinage et de détournement subtil de fonds, elle trahit tout ce qu’elle est censée représenter. Les ressources sont dilapidées au lieu d’être investies pour le bien commun. Ces pratiques ne sont pas seulement immorales, elles sont destructrices pour la confiance dans le secteur caritatif.

En adoptant une approche stratégique – basée sur la transparence, la responsabilité, et l’ouverture – ces cercles peuvent être brisés. Mais cela nécessite une volonté collective de secouer un système qui, soyons honnêtes, fonctionne très bien pour ceux qui en profitent. La vraie question est « quel est le prix que l’organisation est prête à payer pour ne pas changer ? »

Alors, la prochaine fois que vous croisez une fondation « non-profit » qui vous demande des fonds, qui semble fonctionner comme une start-up familiale, posez-vous cette question : « Est-ce que je finance réellement une cause … ou un cercle d’amis ? »

Amélioration rapide du potentiel de votre entreprise grâce à une expertise polyvalente et robuste combinée à plus de 25 ans de pratiques commerciales durables.

Interventions comme expert opérationnel dans le cadre des mandats comme le redressement des entreprises en difficulté, la restructuration opérationnelle, l’amélioration de la performance, la transformation numérique, le désinvestissement.

Industries et secteurs:
• biens et services de consommation B2B2C
• services et technologies de l’information
• marketing traditionnel et numérique
• médias et publicité
• fabrication produits alimentaires
• industrie lourde

Basée en Suisse depuis 2001. Langues: Français, Roumain, Anglais.

Interventions en tant que directeur stratégique consultatif pour les transformations et améliorations des entreprises – niveau corporate ou en assumant un rôle intérimaire CEO Ad Interim – Directeur Intérim Marketing CMO – Directeur Interim IT/CTO – Directeur Intérim Opérations COO – Directeur PMO gestion de projets au niveau de l’implémentation pratique sur le terrain.

En fonction des missions et de manière ponctuelle, interventions comme consultant spécialisé en stratégie marketing mix tout canal, le marketing digital, ainsi que le marketing social médias.