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Standards ouverts vs. propriétaires — une réalité plus complexe qu’il n’y paraît

27 septembre 2024
6 minutes

Dernière mise à jour le 16 juin 2025 à 19:18

Dans le monde de la tech, le mot open (ouvert) est souvent perçu comme le Saint Graal des standards logiciels. Les défenseurs de l’open-source soutiennent qu’une telle ouverture mène à une meilleure compétition, à des innovations incroyables, à une meilleure interopérabilité, et à la liberté totale face aux solutions propriétaires. Cela ressemble à une utopie, n’est-ce pas ?

Oui et non.

En réalité, un standard « ouvert » n’est pas nécessairement meilleur. Qu’il soit créé par un géant comme Apple ou Microsoft, ou par une communauté de contributeurs « passionnés » qui écrivent du code gratuitement, le problème fondamental des standards reste le même.

Le mot-clé ici est « standard ». Qu’il soit développé par un géant ou une communauté open-source, un standard reste un standard.

L’interopérabilité des standards ouverts est surfaite

Prenons quelques exemples précis.

Les formats OpenDocument comme .odt (texte), .ods (tableur), et .odp (présentation), ou encore .mkv (vidéo Matroska) et .xcf de GIMP (l’équivalent open-source de Photoshop), sont tous célébrés comme des alternatives gratuites et ouvertes. Mais soyons clairs: l’interopérabilité de ces formats est loin d’être parfaite. Et ce, avant même d’aborder les questions de gouvernance et de processus.

Si vous avez déjà essayé d’ouvrir un fichier .odt dans Microsoft Word, vous connaissez une partie des problèmes. Vous passerez plus de temps à corriger la mises en forme qu’à travailler. Les données et calculs complexes d’un fichier .ods importées dans un tableur Microsoft Excel ressemblent plutôt à une oeuvre d’art abstraite. Et si vous devez envoyer une présentation vidéo, vous n’allez certainement pas choisir un fichier open-source .mkv (Matroska video) mais quelque chose qui peut être lu par le destinataire, soit un format propriétaire reconnu comme MP4, MOV (Apple’s QuickTime), or WMV (Windows Media Video).

Dans des secteurs comme le marketing, la FinTech, ou les investissements PE, où la précision et la rapidité sont importantes, alors les standards ouverts sont souvent insuffisants — personne ne fera un chat par e-mail avec allers-retours inutiles parce que le fichier ne peut être ouvert. C’est poubelle direct et passage au dossier suivant.

Les standards ouverts présentent d’autres problèmes moins évidentes aux yeux des neophytes.

Pour avoir activement contribué pendant des années à des communautés open-source comme osCommerce et GIMP, je connais bien ses problématiques complexes. Voici quelques autres exemples.

Les standards ouverts entre chaos et pragmatisme

Un système open-source implique de multiples contributeurs, une gouvernance décentralisée et un développement fragmenté avec un niveau de qualité très variable.

Au final, il y a des implémentations boguées, des mises à jour lentes, et des standards à peine prêts pour le marché. C’est le chaos. Un utilisateur privé ou entreprise n’a aucun moyen de faire pression ou avoir un support digne de ce nom — et sont piegés et dépendants du bon vouloir de la communauté de bénévoles.

Le monde des entreprises fonctionne avec des délais, des flux de travail, et des résultats mesurables — pas sur la bonne volonté de quelques bénévoles open-source.

Les formats ouverts peuvent sembler plus « éthiques » mais au final, les entreprises recherchent l’efficacité et la performance, pas toujours des standards de vertu. De plus, la plupart des entreprises utilisent un mélange de logiciels propriétaires, systèmes hérités, outils sur mesure, et éventuellement, quelques logiciels moins importants en open-source.

En pratique, les entreprises préfèrent la compatibilité — quitte à payer pour une licence propriétaire — contre l’idéal théorique d’une interopérabilité totale promise par les systèmes et solutions dites ouvertes.

Les deux systèmes ont leurs avantages et inconvénients. La vraie question n’est pas open-source ou propriétaire, mais celui qui résout un problème le plus efficacement.

Les standards ouverts restent assez souvent sans adoption de masse

Une autre problématique c’est que la grande majorité des standards ouverts n’obtiennent jamais l’adoption nécessaire pour réussir sur le marché. Voici quelques exemples :

  • Ogg Vorbis a été abandonné en 2020 après avoir échoué à remplacer le MP3, malgré une meilleure qualité audio.
  • OpenGL, bien que sa dernière édition stable soit sortie en 2017, a perdu face à DirectX en raison de son intégration supérieure et du soutien de l’industrie.
  • OpenDoc visait à remplacer les formats propriétaires de Microsoft Office, mais sa complexité et son manque d’intégration l’ont condamné à mort vers la la fin des années 1990 — tandis que .doc et .xls devenaient les standards de facto.
  • WebM a été introduit par Google, mais n’a jamais réussi à remplacer le standard H.264 déjà largement adopté.

Ces exemples montrent que les entreprises investissent dans la fonctionnalité, l’évolutivité, et la fiabilité, pas simplement des idées. De plus, l’inertie du marché est un facteur puissant qui empêche le changement d’un standard. En effet, une fois qu’un standard est bien ancré, il faut une raison convaincante pour le remplacer — et « open » ou « gratuit » ne suffit pas.

D’autant que parallèlement, un consultant informatique est grassement payé pour implementer la dite solution « ouverte » et « gratuite ». En pratique, le prix final, les risques encourus, et les besoins de maintenance sont très souvent supérieurs à une solution propriétaire.

Dans la tech, la solution théoriquement supérieure ne gagne pas toujours si le prix est similaire — c’est celle qui s’intègre mieux aux flux de travail et aux attentes des utilisateurs qui l’emporte.

Les défenseurs de l’idée open-source pensent que les choses ont changé de manière révolutionnaire. Eh bien, pas du tout. Même les standards ouverts continuent de faire face à de nombreux obstacles pour être acceptés à une plus grande échelle. Quant aux logiciels open-source, ceux-si présentent un important risque sécuritaire.

En effet, un logiciel open-source est risqué par conception parce qu’il suit l’agenda d’une armée de bénévoles. Lesquels bénévoles peuvent être des hackers russes, chinois, iraniens, avec plein de backdoors sécuritaires. Entre autres, la qualité du code, l’agenda des mises à jour est chaotique, et il y a une absence de support — d’ailleurs, les forums de tous les logiciels open-source sont remplis par nombreux “consultants” bloqués.

Mais à nouveau, il faut savoir faire les bons choix — que cela soit entre logiciels ou standards open-source. Certains logiciels open-source sont bons entre les bonnes mains. Et certains standards open-source ont déjà une belle adoption sur le marché.

Open-source n’est pas binaire — c’est nuancé

Certains membres de l’industrie tech semblent apprécier et présentent les choses en termes binaires: open-source vs propriétaire, gratuit vs payant, Microsoft vs. Linux. Pour certains consultants IT, c’est « l’un est bon, l’autre est mauvais« . Mais cette dichotomie est fausse.

Le débat n’est pas aussi binaire qu’il en a l’air. Il ne s’agit pas de choisir entre open ou propriétaire, mais de choisir les bons outils et les standards appropriés pour le travail en question.

La plupart des entreprises ne se soucient pas de savoir si leur logiciel ou le standard utilisé est open-source ou propriétaire; elles veulent que le travail se fasse efficacement.

En pratique, le choix ne repose pas sur une idéologie — mais sur les besoins de l’entreprise et ses flux de travail. Quel est le processus ? Quelles sont les contraintes opérationnelles ? Quel niveau de support et de maintenance votre équipe peut-elle gérer ? Quels sont les standards et les solutions usuelles du marché ? Quel est le coût total, y compris l’implémentation et la maintenance ?

Un autre point très important, et trop souvent oublié avec les logiciels dits “ouverts” c’est que tout ajout, ou autre logiciel développé par-dessus devient à son tour, ouvert. Par exemples, les licences GPL (General Public License). C’est la “viralité des licences” qui s’étend aux modules, bibliothèques, et même parfois aux intégrations. L’impact commercial est important. Et devant un tribunal, c’est les contrats qui comptent.

Ce sont les questions ci-avant qui guident principalement la prise de décision, pas le fait qu’un logiciel et ses standards soient « ouvert » ou « propriétaire ».

Trop souvent, les décideurs sont mal informés et influencés par les tendances. Ils pensent qu’ils optent pour la flexibilité et les belles économies du budget, mais en réalité, ils parient leur infrastructure informatique contre quelque chose qu’ils ne comprennent pas dans son ensemble. Et lorsque les choses tournent mal, les conséquences — nottament sécuritaires — sont souvent rendues publiques via des scandales ou des échecs coûteux, avec le jeu des accusations à tout-va.

Voici donc la vérité inconfortable: le débat open vs, propriétaire est bien plus nuancé qu’on ne le pense. Il ne s’agit pas de choisir un camp — mais de correctement naviguer dans la complexité. Une approche binaire « open-source » vs. « propriétaire » est très dangereuse parce qu’elle ne se base plus sur les besoins de l’entreprise, mais sur un fondement idéologique. Un consultant peut avoir des préférences basées sur ce qui fonctionne dans la pratique du terrain, mais n’a pas le droit d’imposer une ou autre solutions comme étant la « meilleure » — à ce moment-là c’est un commercial, et plus un consultant.

La véritable compétence pour une stratégie informatique digne de ce nom réside dans la capacité à savoir « quand » et « comment » utiliser chaque type de logiciel et chaque standard efficacement.

Au stade actuel, les logiciels open-source sont obsolètes et ne peuvent plus suivre les évolutions du marché. Ces modèles de logiciels sont dépassées, et c’est d’autant plus étonnant que des communes et administrations en Suisse s’orientent en 2024 vers de telles implémentations. Sur le marché il y a néanmoins un penchant vers certains standards « open source » et même Microsoft s’y est mis avec .docx et .xml — la tendance va ainsi vers les standard qui offrent un semblant d’inter-opérabilité.

Et si on regarde encore plus loin, avec le développement du cloud/SaaS et l’AI il n’y aura plus besoin de logiciels open-source — une entreprise créer les fonctionnalités qui lui manquent au lieu d’aller chercher un existant sur le marché.

Dans un futur proche de quelques années, les logiciels « open-source » n’aurant tout simplement plus de demande importante ou capables d’influencer le marché, puisque toute entreprise pourra développer à l’interne un ou plusieurs logiciels évolutifs selon ses besoins. L’intégration de ces divers logiciels passera par les standards dits « ouverts ». Une entreprise devra donc orienter sa stratégie informatique vers cette direction.

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Basée en Suisse depuis 2001. Langues: Français, Roumain, Anglais.

Interventions en tant que directeur stratégique consultatif pour les transformations et améliorations des entreprises – niveau corporate ou en assumant un rôle intérimaire CEO Ad Interim – Directeur Intérim Marketing CMO – Directeur Interim IT/CTO – Directeur Intérim Opérations COO – Directeur PMO gestion de projets au niveau de l’implémentation pratique sur le terrain.

En fonction des missions et de manière ponctuelle, interventions comme consultant spécialisé en stratégie marketing mix tout canal, le marketing digital, ainsi que le marketing social médias.